Deux associations de défense des droits de l’homme (FIDH et LDH) ont déposé le 19 octobre à Paris une plainte contre X. Elle vise la société d’ingénierie informatique Amesys, qui a fourni à Kadhafi, à partir de 2007, un système de surveillance des communications destiné à surveiller la population libyenne. En Allemagne aussi, les scandales de surveillance abusive se succèdent. En février dernier, la police du Land de Saxe a espionné et mémorisé les données des téléphones mobiles de milliers de manifestants antinazis à Dresde.
Début octobre, le groupe de hackers du Chaos Computer Club a révélé les abus d’un cheval de Troie informatique utilisé par la police allemande dans plusieurs régions : le logiciel peut aller bien plus loin que ce que permet la Cour constitutionnelle : non seulement écouter les conversations sur Skype, lire les mails envoyés, mais aussi enregistrer des milliers de capture d’écran et pénétrer dans les données du PC, voire les modifier. Déjà mal contrôlées sur le territoire du pays, les utilisations des technologies allemandes de surveillance digitale sont d’autant moins contrôlables à l’étranger. Pourtant, le champion de l’exportation en vend beaucoup, sans grande considération de la situation des droits de l’homme dans les pays acheteurs.
Siemens et Nokia fournissent l’Iran et la Chine
Début octobre, Moez Chakchouk, le nouveau président de l’Agence tunisienne de l’Internet (ATI), a révélé au « forum des blogueurs arabes » de Tunis les pratiques des firmes occidentales dans la Tunisie de Ben Ali. Le pays jouait un rôle de cobaye : les entreprises ont offert au régime des prix réduits en échange de tests pour des outils de surveillance des communications. Le président de l’ATI s’est toutefois refusé à donner des noms.
Parmi les programmes d’interception légale des communications (Lawful interception) exportés par l’Allemagne : le « Monitoring Center », un centre équipé de toute une série d’outils de surveillance. Le groupe allemand Siemens, associé au finlandais Nokia, en a livré un à l’Iran en 2008, utilisé l’année suivante pour espionner des opposants. Un porte-parole du groupe l’a confirmé au Wall Street Journal en 2009. Selon l’entreprise, Nokia Siemens Networks (NSN) n’a pas vendu une technologie de surveillance de la population, mais un contrat global de réseaux de téléphonie mobile, qui comprend aussi la capacité de les contrôler.
La plainte d’un journaliste iranien, Issa Saharchis, contre Nokia Siemens Networks devant un tribunal des États-Unis, pour la vente d’un système de surveillance, pourrait permettre d’en éclairer les détails. C’est cet outil qui a permis son emprisonnement. Jusqu’en 2008, selon NSN, ses technologies de surveillance ont été vendues à 60 pays. Parmi eux, le Bahreïn, où les technologies devaient servir à réprimer les opposants, et la Chine.
Les députés européens renforcent les normes
Le Parlement européen a décidé fin septembre de soumettre l’export des technologies de surveillance à des critères plus stricts. Leur résolution vise les exportations de technologies de télécommunication vers certains pays – Chine, Inde, Russie, Turquie… – « pour une utilisation impliquant une violation des droits de l’homme, des principes démocratiques ou de la liberté d’expression ». Et cela au moyen de « technologies d’interception et de dispositifs de transfert de données numériques » permettant le contrôle de téléphones portables et de messages textuels ainsi que « la surveillance ciblée de l’utilisation d’Internet ». Le Parlement a également interdit les exportations vers les pays soumis à un embargo sur les armes par le Conseil de l’Union européenne ou les Nations unies.
Autre problème, selon les élus européens : la politique commerciale des petites et moyennes entreprises est encore moins transparente que celle des grands groupes. Et elles sont nombreuses dans ce secteur d’activité. En Allemagne, les PME de la surveillance digitale vendent leurs applications, entre autres, au salon ISS World [1] de Dubaï, le plus grand rendez-vous mondial de la branche. Les exposants allemands y sont toujours présents.
Les PME de la surveillance digitale
Parmi eux, les firmes munichoises Trovicor et Elaman, TIS Uher, de la ville de Bad Homburg, Utimaco, d’Aix-la-Chapelle, ou Ipoque, de Leipzig. Toutes distribuent des programmes de surveillance du trafic Internet ou d’autres réseaux de communication, comme les SMS, le Wifi ou le téléphone satellite. L’entreprise Digitask – qui a récemment fait la une des journaux allemands pour avoir fourni des mouchards informatiques à la police – a aussi proposé son logiciel espion sur les stands de l’ISS.
En Allemagne, c’est au Congrès européen de police, qui a lieu chaque année à Berlin, que ces outils sont négociés. La manifestation est présentée comme « la plus grande conférence internationale d’Europe sur la sécurité intérieure ». Les producteurs de mouchards informatiques, de programmes d’espionnage et de centres de monitoring s’y achètent des temps de parole pendant lesquels ils vantent leur produits, avant d’en faire la démonstration sur leur stand. Mais l’indignation qui a suivi, en Allemagne, les révélations sur le cheval de Troie utilisé par la police pourrait bien aider à lutter aussi contre les autres formes de surveillance digitale : conservation préventive des données, espionnage des téléphones mobiles, drones policiers, ou reconnaissance satellitaire pendant les grandes manifestations.
Matthias Monroy
Article paru (en allemand) dans Jungle World le 20 octobre. Traduction et adaptation : Rachel Knaebel.
Photo : SFBrit [CC-BY-ND].
Dans ce blog, on en a souvent au sujet des Google, Facebook, Twitter et tutti quanti. Il ne faudrait pourtant pas oublier que les entreprises traditionnelles innovent également en matière de marketing et de communication online.
Témoin une remarquable campagne de communication online de Siemens qui mêle publicité, contenu et réseaux sociaux.
Siemens est une entreprise allemande qui emploie plus de 400 000 personnes dans le monde dans 190 pays pour un chiffre d'affaires de plus de 75 milliards d'euros. À ses trois principaux domaines d'activité - l'industrie, l'énergie et la santé -, l'entreprise a décidé d'ajouter celui des technologies vertes, en particulier urbaines. Dans ce cadre, elle lance une vaste campagne de marketing.
Première bonne initiative. Afin de se poser en acteur de référence, en expert, elle crée, en partenariat avec différents acteurs, un classement mondial des villes vertes. Quoique connu (cf. les nombreux baromètres Société X/Société de sondage ou média Y), ce procédé de content marketing n'en est pas moins généralement efficace.
Mais le clou de l'opération, du moins pour ce que j'en ai vu, c'est la campagne de publicité sociale sur les grands médias. Cette campagne a notamment été diffusée sur les sites du Wall Street Journal et du Huffington Post (un des plus gros sites d'information américains). C'est sur ce dernier site que je l'ai remarquée. (C'est d'ailleurs semble-t-il uniquement sur ce site qu'elle était sociale.)
On trouve donc en page d'accueil du site une large publicité avec un champ de saisie.
On y est invité à tweeter sa conception d'une ville verte, avec le hashtag greencity.
Ce que je fais.
On retrouve mon tweet dans les résultats de recherche sur le #greencity. Remarquez au passage le promoted tweet de Siemens, au-dessus des résultats, promoted tweet qui a du reste été relayée près de 300 fois.
Enfin, sur la publicité plus haut, quand on clique sur read more ("en savoir plus"), on tombe sur un site ad hoc, avec notamment un article de fond.
J'ignore les résultats de cette campagne, qui a dû être coûteuse, mais j'apprécie particulièrement son originalité et son art de mêler intelligemment publicité, contenu et réseaux sociaux.
La publicité est utilisée pour le contrôle, la précision et la puissance de frappe. Le contenu pour intéresser, informer, se poser en expert dans l'esprit des lecteurs et alimenter la conversation. Twitter enfin pour recueillir rapidement et ouvertement les impressions des personnes, alimentant la conversation. Du reste, il semble que la blogosphère ait aussi été mise à contribution.
Bien joué !
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